Jean-Louis

jeanlouis_minJe suis le cadet d’une famille de deux enfants. J’ai connu très tôt le pensionnat, puisque à l’âge de deux ans, mon frère et moi étions placés dans une famille, durant les six mois d’hospitalisation de ma mère suite à un grave accident. Mon père nous prenait le week-end à la maison.

A l’âge de douze ans, j’ai connu une nouvelle période de pensionnat qui m’a éloigné de nouveau des miens que je ne voyais qu’aux vacances de Noël, de Pâques, et durant l’été. Cela a duré deux années, puis j’ai fréquenté une école d’agriculture en internat pendant quatre années. Cet établissement était situé plus près de ma famille, ce qui me permettait de rentrer tous les quinze jours environ. Mes 18 ans révolus, je me suis installé dans mon premier appartement; une chambre de 9 m² avec toilettes et eau courante dans la cour! La vraie vie commençait, … croyais-je !

Je savais que mes parents m’aimaient et voulaient le meilleur pour ma vie, néanmoins cette période de mon enfance et de mon adolescence a creusé au fond de mon cœur un sillon de souffrance fait de sentiments de rejet, d’abandon, d’inutilité. Je n’admettais pas ce constat, et mon caractère conquérant, ajouté à mon vécu, me poussait à la fuite en avant.

J’avais presque dix-neuf ans lorsque j’ai retrouvé un copain de classe perdu de vue depuis deux ans. Il m’a parlé de sa foi et de son bonheur. Ce qu’il m’a dit m’a touché car je le savais orphelin de père depuis sa tendre enfance. J’ai accepté la Bible qu’il m’a offerte.

J’ai pris un soir cette Bible posée sur la cheminée de ma chambre. Je l’ai ouverte à l’Évangile de Jean, et j’ai découvert que je connaissais déjà ce texte. Je l’avais lu des années avant dans le missel de ma grand-mère paternelle. C’était les mêmes mots.

Une parole de cet évangile de Jean m’a particulièrement touché: celle du chapitre 14 au verset 6 où Jésus dit :  » Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » D’un coup, ces mots se sont éclairés devant mes yeux, comme si Jésus lui-même les disait à mon cœur.

Immédiatement, j’ai réagi en disant : « Seigneur, si tu es cela, j’ai besoin de toi, je viens ». Un instant après, je me suis endormi.

Ce n’est que le lendemain matin à mon réveil que j’ai réalisé d’un coup qu’il s’était passé quelque chose la veille au soir qui me dépassait totalement. Ce matin là fut le premier d’une nouvelle vie. Je savais avec certitude que j’étais pardonné, accepté, aimé. Je ne pouvais pas l’expliquer rationnellement, mais je le savais, aussi sûr que le jour était levé. Ce jour là a commencé tout un processus de pardon et de réconciliation avec Dieu, avec moi-même et avec les autres. Grâce à Jésus, le Père m’accueillait. Plus, il m’adoptait comme fils ! Il m’a fallu cependant un peu de temps pour adopter Dieu comme Papa.

C’est Nanou, une mamie de la paroisse dont j’étais le tout jeune pasteur dans les années 80, qui m’interpella un jour. Elle me dit : « Jean-Louis, tu dois te laisser aimer  » Me laisser aimer ! Je lui répondais que j’aimais Dieu, ma femme, mes enfants, les gens autour de moi. Elle me dit que cela était vrai et qu’elle appréciait l’attention et la disponibilité que je portais aux autres. Mais elle insista  » Tu aimes les autres, mais, laisse Dieu t’aimer comme un Père et laisse les autres t’aimer ».

Ce que Nanou m’a dit était vrai. J’avais reçu Dieu comme Sauveur et Seigneur, je me consacrais à lui et aux autres. Je savais théologiquement que j’étais accueilli par Dieu comme son enfant, mais je n’avais pas moi-même adopté Dieu comme mon Papa Céleste. J’ai appris à me laisser aimer sans le mériter. J’ai appris que j’ai besoin d’aimer, mais aussi d’être aimé pour moi-même. Ma relation avec Dieu n’est plus dans  » le faire », mais dans « l’être ».

Depuis une quinzaine d’années, je me consacre plus spécialement à un travail d’écoute et d’accompagnement. Prendre soin de celles et de ceux que le Seigneur aime au point d’avoir donné sa propre vie pour eux, n’est-ce pas une belle et grande responsabilité ? Tant de brebis du Seigneur sont laissées à l’abandon sur le bord du chemin ! C’est pour aller vers ces personnes que j’ai répondu à l’appel de Dieu.